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05 novembre 2008

Le Mur est tombé


Ce matin, l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis me rappelle cette phrase qu'il avait prononcée devant nous, Européens, à la Siegessäule (la "colonne de la Victoire"!) à Berlin : "Les murs ne peuvent plus tenir", avait-il affirmé. C'était il y a quatre mois, presque jour pour jour. La métaphore semblait facile, entendue. Il l'appliquait aux Etats-Unis et à l'Europe, "les races, les tribus, les autochtones, les immigrants", les religions aussi. Hier soir, après l'annonce de son élection, il l'a étendue à l'ensemble du monde. Les Murs sont tombés. C'est historique. C'est une émotion infinie que de figurer le souffle d'espoir qui parcourt ce matin la surface de la planète.
Paradoxalement, l'Allemagne est, en Europe, le pays que cette élection touchera le moins. D'abord parce qu'il est celui qui, sous l'ère Bush, était le plus proche de l'administration américaine. Depuis son élection à la chancellerie, Angela Merkel s'était efforcée de rétablir le dialogue. Elle était devenue l'interlocutrice privilégiée du "président le plus mauvais de l'histoire des Etats-Unis" (selon les Allemands, d'après un sondage réalisé en août). Pour preuve : W a choisi l'Allemagne comme première étape de sa tournée d'adieu en Europe. Difficile pour l'Allemagne d'approfondir encore davantage un dialogue avec les Etats-Unis déjà très intense.
La première question en Allemagne, c'est finalement de savoir si le dialogue Allemagne/Etats-Unis ne souffrira pas du changement de président. Sur ce plan-là, Angela Merkel a montré ces derniers mois qu'elle pensait souvent à sa réélection l'an prochain. Et l'élection d'un John McCain, conservateur comme elle, aurait mieux fait son affaire. Plutôt qu'un Barack Obama, qui prépare le terrain du changement, ce qui pourrait lui coûter la majorité. La prudence (exagérée?) de la chancelière allemande avait provoqué un incident diplomatique sur le lieu de son discours à Berlin. Angela Merkel s'était en effet opposée à ce qu'Obama s'exprime depuis la porte de Brandebourg, sous prétexte que le lieu hautement symbolique était réservé aux présidents élus. Obama se souviendra-t-il de ce bâton dans les roues lorsqu'il s'agira d'ouvrir le dialogue avec l'Europe ?
Une chose est certaine : Angela Merkel ne pourra pas se priver d'un allié aussi populaire que Barack Obama (plus de 200.000 spectateurs à son discours de Berlin en juillet et 62% des Allemands en sa faveur) pour gagner l'an prochain la campagne des images. La nuit dernière, le Mur est tombé. Elle devra en prendre la mesure.

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19 octobre 2008

Chronique d'un nouveau désordre mondial

La crise, la crise, et encore... la crise ! Ce mois-ci, tous les médias ne jurent que par ce thème-là. Et de Wall Street à Francfort, voici un documentaire qui m'a emmené sur les traces de la crise financière en Allemagne, pour la décrypter en profondeur avec l'équipe de Tandem Production et de CAPA. Le 22 octobre à 21H, sur Arte.

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30 août 2008

La vérité toute nue

Je ne m'attendais pas à ce qu'une de mes chroniques suscite autant de réactions. Le petit écho de Berlin que je rédige tous les mois dans le magazine biculturel PARISBERLIN me vaut, pour l'édition de septembre, une multitude d'e-mails et de réactions diverses. Des personnes qui me font part de leur expérience concordante, et d'autres qui m'expliquent qu'elles ne sont pas tout à fait d'accord avec mon point de vue. Le thème que j'ai choisi est en effet assez populaire, et sujet de désaccord entre Français et Allemands: la nudité. J'y fait part de l'expérience d'une amie française à la piscine, ici à Berlin, où on se douche tout nu (c'est obligatoire) et tous ensemble. L'histoire que je raconte dans le PARISBERLIN de ce mois-ci a apparemment déclenché un mini-débat. Mon reportage sur le phénomène FKK (la "culture du corps libre") qui oppose Polonais et Allemands sur l'île d'Usedom avait déjà suscité pas mal de réactions (pas toutes très constructives, il faut le remarquer) dans Libération: "Des Allemands à poil hérissent la Pologne". Même si cela paraît un peu léger, la nudité reste un thème intéressant de reportages ici en Allemagne. Parce qu'elle n'est pas d'emblée associée au sexe, comme c'est souvent le cas en France par exemple.

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30 avril 2008

Merkel récompensée par... Sarkozy

Le président français sera demain, jeudi 1er mai, en Allemagne... pour remettre un prix à Angela Merkel. Il s'agit du Prix Charlemagne, qui récompense chaque année (toujours à Aix-la-Chapelle, alias Aachen en version originale) une personnalité qui s'est particulièrement illustrée pour sa contribution à l'unification européenne. Mais Sarkozy qui remet un prix à Merkel, c'est un peu bizarre, non?

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25 avril 2008

Le "traité de Berlin"

Souvenons-nous. En 2005, l'Union européenne est dans l'impasse. Deux Etats fondateurs, la France et les Pays-Bas, ont répondu "non", par voie référendaire, au traité instituant une Constitution pour l'Europe. La France, vue de l'extérieure, fait figure de vilain petit canard. Elle est la rebelle de la construction européenne.
Vient après la présidence allemande du Conseil de l'UE, et Angela Merkel, forte de son charisme et de sa crédibilité aux yeux du monde et de ses partenaires européens, qui rame pour ramener le navire Europe dans le sens du courant. Et qui s'efforce d'envoyer une bouée de sauvetage aux Hollandais et aux Français, pour leur permettre tant bien que mal de remonter sur le pont. Merkel décroche, pour le 50e anniversaire des traités de Rome, une signature des 27 Etats-membres à la Déclaration de Berlin, qui s'engage sur la voie d'une modernisation des institutions.
L'Europe, grâce à Merkel et à l'Allemagne, se redresse enfin de l'échec du projet constitutionnel. La chancelière allemande a permis la naissance de ce qui est devenu le traité de Lisbonne (la "constitution européenne version light").
C'est vrai, Nicolas Sarkozy avait préparé l'opinion française à l'éventualité d'adopter une partie de la Constitution européenne.
Mais le travail de persuasion, les discussions avec les partenaires, c'est l'Allemagne qui les a menés. Alors, quand Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères au gouvernement Fillon/Sarkozy, s'exprime à Berlin sur ce sujet, je me dis qu'il est le champion de la diplomatie:
"Je ne remercierai jamais assez Madame Angela Merkel et Monsieur Franck-Walter Steinmeier", dit-il, "qui ont pris ce projet venu de France, pour en faire une réalité". Tout en lançant, en apparence, des fleurs à la chancelière et à son homologue allemand, il souligne encore davantage l'origine française de l'idée.
Comme Nicolas Sarkozy avait pour la première fois parlé du "mini-traité" (rebaptisé depuis "traité simplifié" pour faire moins péjoratif) lors de son passage à Berlin en 2006, je me dis que finalement le traité de Lisbonne pourrait légitimement être renommé "traité de Berlin".

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23 avril 2008

L'avez-vous reconnu ?


Sur la couverture du Zitty de cette semaine (le "Pariscope" de Berlin), l'avez-vous reconnu ?

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01 avril 2008

Le couple Carla Bruni-Franck Ribéry: exclusif sur ZDF

Pour le premier avril! La chaîne publique allemande n'a pas dérogé à la règle du "poisson", ce 1er avril, en diffusant un reportage exclusif sur Franck Ribéry qui jouera désormais avec la Mannschaft allemande, et non plus aux côtés des Bleus! La raison : le président Nicolas Sarkozy a très mal pris la publication d'une photo de Carla Bruni et du footballeur, un peu trop proches, et la révélation par la presse que la nouvelle Première Dame de France avait passé une nuit avec Ribéry dans un hôtel parisien. De rage, il lui a retiré la nationalité française, explique la chaîne de télé allemande. Et l'Allemagne se réjouit évidemment de le compter désormais dans les rangs de son équipe.
Un poisson assez osé, pour la ZDF, qui démontre en tout cas ce mélange d'affection et d'agacement qu'éprouvent les Allemands pour leurs voisins d'outre-Rhin, en ce moment. Les histoires de cœurs de celui qu'ils surnomment "Sarkoléon" les ont tellement surpris, après avoir été habitués à la discrétion la plus totale de la part des présidents français sur leur vie privée, qu'ils sont désormais prêts à tout entendre. Et à tout croire?

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21 mars 2008

Ils savent aussi dire "non"


Non. Jusqu'à l'adoption du mini-traité —pardon, du "traité simplifié"—, c'était certainement le mot français le plus répété au monde. Trois lettres universelles qui symbolisent l'aptitude d'un peuple à se faire entendre face à l'élite de ses dirigeants. C'était particulièrement le cas au moment des débats sur le traité instituant une Constitution pour l'Europe. C'était aussi vrai lors des manifestations contre le Contrat Première Embauche (CPE). Ou plus récemment, le week-end dernier, lorsque les municipales ont souligné le refus des Français d'une présidence "bling bling". Un point de vue qui, au passage, est partagé par la plupart des Allemands que je rencontre à Berlin, et qui apprécient bien mieux la sobriété de leur chancelière.
Dans chacun de ces cas, les Français ont dit "non".
En Allemagne, et particulièrement à Berlin, j'ai le sentiment que tous les ingrédients sont désormais réunis pour que le peuple prenne la parole avec la même force : l'économie va bien, mais les Allemands ont le sentiment de ne pas en profiter (pire, d'en pâtir), et ils ont parfois l'impression que les décisions politiques leur sont imposées, qu'ils n'ont jamais leur mot à dire.
Pour le projet de grand aéroport Berlin-Brandebourg, alias BBI, qui doit prendre le pas sur les trois aéroports berlinois, c'est l'un des grands chantiers du maire Klaus Wowereit, avec lesquels il a été réélu l'an dernier. Mais les habitants s'étaient opposés à la fermeture du "city-airport" de Tempelhof, celui qui avait permis le fameux pont aérien, avec le soutien du parti concurrent, la CDU. Maintenant, c'est le parti social-démocrate de Wowereit qui contre-attaque à nouveau, avec d'autres associations et partis politiques, pour demander la fermeture de Tempelhof (photo) avec des arguments plus ou moins convaincants. Comme j'habite juste à côté de l'aéroport du centre-ville, je suis aux premières loges de la campagne. Chacun y va de son "non".
Mais la plupart du temps, les Allemands n'ont pas l'occasion de donner leur avis. Sur la Constitution européenne (désormais traité de Lisbonne), ils n'ont jamais eu leur mot à dire. Contrairement à la France, il n'y a eu aucun référendum. Le tract que j'ai reçu il y a quelques jours à ce sujet, d'un mouvement de jeunes citoyens nommé "Solidarität" (!), entendait tirer la sonnette d'alarme à ce sujet. Après avoir vu l'ampleur de la dernière grève des services publics, j'ai le sentiment que les Allemands, et en tout cas les Berlinois, pourraient bientôt exprimer massivement leur ras-le-bol.

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17 mars 2008

L'usure usée

Ce n'est pas tout à fait l'arroseur arrosé. Mais presque.
Douze jours de grève. Et puis, d'un coup, plus rien. Les métros, les bus, les tramways circulent à nouveau depuis ce matin, même si les négociations entre syndicats et employeurs n'ont abouti à rien du tout. Aucun accord en matière d'augmentation des salaires. Mais les grévistes veulent montrer qu'ils "comprennent" les Berlinois. Alors ils font une pause dans leur grève d'usure, au risque finalement de perdre toute crédibilité et tout moyen de pression.
La grève "à la française", c'est tout un métier!

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07 mars 2008

La grève avec le sourire

Une grève aussi suivie et aussi déterminée que celle qui a commencé en Allemagne mercredi (des centaines de vols annulés, les métros et les tramways à l'arrêt, pas d'autre solution que d'emprunter le vélo...), ça rappelle la France. Le pays de la Révolution et des révoltes. Les étudiants et les travailleurs parlent d'ailleurs de "comportement français" à chaque fois qu'ils entreprennent une manifestation ou une opération coup de poing dans un conflit social. Pourtant, cette fois-ci, c'est en Allemagne que ça se passe.
Pas de métro, dans la capitale allemande, c'est très embêtant pour se déplacer et aller au travail. Mais comme ça n'arrive pas tous les jours, chacun s'en accommode pour l'instant. Il n'y a que dans la gare de Friedrichstrasse, le "hub" des trains rapides au centre de la ville, que c'est un peu la panique. Les policiers y sont postés pour réguler le flux de passagers qui "bouchonnent" dans les couloirs (300.000 de plus par jour!). Mais sinon, les Berlinois gardent le sourire.
Les rues sont plus animées, puisque tout le monde est obligé de marcher... Et j'ai même vu ce matin, dans les rues de Prenzlauer Berg, une femme enceinte qui se baladait à l'arrière d'une sorte de "pousse-pousse". Un homme, sans doute le sien, pédalait à l'avant. Elle avait le sourire. C'est drôle combien la grève peut paraître sympathique quand on décide de la prendre avec le sourire.
Ça n'a pas empêché le maire, Klaus Wowereit, de lancer un appel aux agents de la société de transports. Il leur demande de reprendre le travail et de "revenir à la raison". Il faut dire que le mouvement doit se durcir à partir de lundi, dans toute l'Allemagne. Et là, on risque de moins rire.

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28 février 2008

Politesses

Les Allemands n'ont pas fini de débattre sur Nicolas Sarkozy. Comme en France, sa petite phrase lors de l'inauguration du Salon de l'Agriculture fait grand bruit ici. "Casse-toi, sale con", ça fait mal dans la bouche d'un président.
Qu'on se rassure pour l'image de la France polie : les journalistes allemands ont eu la pudeur d'adoucir la formule en la traduisant. "Hau ab, du Idiot", ont-ils dit et écrit. Ce qui équivaudrait plutôt à : "Va t'en, idiot". Alors que Nicolas Sarkozy est plus impopulaire que jamais, de ce côté-ci du Rhin aussi, les journalistes prennent encore des pincettes. C'est assez inattendu.
Seuls les Allemands francophones ont pu retrouver la version originale, grâce à la magie de YouTube et de Dailymotion... et découvert que la traduction la plus proche serait en réalité quelque chose du genre : "Verpiss dich, du Arschloch".

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21 janvier 2008

Ohlala

C'est sans doute le mot français, ou plutôt l'expression française préférée des Allemands. Ohlala! Entendez : "Ohlala" avec une connotation scandaleuse, le "Ohlala" qu'on prononce à la vue d'un fait doucement provocateur et légèrement sexy. Celui qu'on prononce lorsqu'on découvre Miss France en petite tenue dans un magazine, par exemple, et que Madame de Fontenay répète d'un ton furieux pour la condamner. Ce "Ohlala" là.
Lorsque Monsieur le Président de la République française a annoncé qu'il prendrait Carla Bruni pour Carla "Pièces Jaunes", les Allemands se sont donc exclamés : Ohlala!
"Ohlala, après seulement six semaines", a repris la Bild Zeitung. "Ohlala, ce n'est pas une sainte", a souligné l'hebdomadaire Focus, en reprenant l'expression de Karl Lagerfeld au sujet de l'ex-mannequin. "Ohlala, à Paris, il est plus facile de compter les hommes avec lesquels elle n'a pas eu d'aventure que ceux avec lesquels elle en a eu", ont repris en chœur les magazines féminins. Entendez, en filigranne : Ohlala, ils sont pas très sérieux ces Français.
Alors qu'Angela Merkel se dépatouille avec sa première mini-crise politique, qu'elle ne rechigne pas à aborder de front, et que la seule touche de fantaisie qu'elle s'accorde est un tailleur de couleur rouge, le président français qui visite Disneyland en s'exhibant avec un topmodel, ça fait tout bizarre.
Imaginez : C'est comme si Angela Merkel plaquait son mari, un professeur de chimie à l'université de Berlin, pour se remarier avec le comédien Til Schweiger. Impensable. Remarquez : la Bild Zeitung s'était bien réjoui, dès le lendemain de son élection, que le nouveau président français serait moins ennuyeux que Jacques Chirac. Mais d'ici à imaginer que le palais de l'Elysée détrônerait le Rocher de Monaco à la une des magazines people... Ohlala, ces Français!

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15 janvier 2008

Une reine en rouge et noir


La galette des rois, le "Dreikönigs-kuchen" comme on dit en allemand pour désigner cette tradition bien française (même si nous l'avons héritée des Romains). Voilà un bien étrange gâteau, aux yeux de nos amis allemands : Comment les Français, qui ont tout de même coupé la tête à leur roi, peuvent-ils accorder autant d'importance à cette cérémonie ?
Savez-vous d'ailleurs que la galette des rois, dégustée en grande pompe à l'Elysée chaque année, ne contient aucune fève ? Parce que le président de la République ne peut pas être roi. Certains malins diront que c'est malgré tout déjà le cas...
Bref. Nous ne sommes pas à l'Elysée, mais à Berlin. Et ici, la communauté française est aussi très attachée à cette tradition ludique. Ce matin, l'ambassadeur de France avait d'ailleurs convié la presse (dont je fais partie...) à une dégustation sympathique, dans ses salons de la Pariser Platz, avec vue sur la porte de Brandebourg. Deux consœurs ont trouvé la fève dans leur part et sont reparties avec une couronne.
Mais la véritable reine n'était pas présente, à l'ambassade de France. Elle était ailleurs, attirant toute l'attention et monopolisant toutes les discussions. Il s'agissait d'Angela Merkel, en prise avec les difficultés de sa Grande Coalition. Elle faisait à midi sa conférence de presse de rentrée. Plus d'une heure où elle a fait montre d'une grande sérénité, contre toute attente, alors même que le gouvernement semble se déchirer. Même en faisant le grand écart entre ses rôles de présidente de la CDU et d'arbitre de la Grande Coalition, elle maîtrise. C'est la reine !... de la langue de bois ? Je lui offre en tout cas ma couronne.

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13 janvier 2008

Aimer l'Allemagne

"Où est Goethe ?" Ce commentaire d'un lecteur, sur le blog de deux jeunes Françaises passionnées d'Allemagne et qui partage cet amour sur le web, m'a fait bondir. Les deux auteures, répondant aux noms de Leslie et Zazou, ont en effet annoncé le 1er janvier qu'elles arrêtaient tout, à cause des critiques. Elles publient un extrait éloquent de l'une d'elles : "Vous êtes deux gamines qui connaissent rien à l'Allemagne (...). Vous parlez des Mercedes, de Schiffer, de Tokio Hotel, que des peoples, où est la vraie culture allemande ? Où est Goethe ?"
Du coup, plus de blog. Exit le "franceallemagne's blog". Finis les articles passionnés où Leslie et Zazou s'exclament : "On aime l'Allemagne au plus profond de nous ! On est amoureuses de ce pays, de cette langue, de cette culture !!!"
Où est Goethe ? La question me paraît aussi stupide que la réaction de certains Français qui, arrivant en Allemagne, abordent d'emblée le sujet du nazisme avec les Allemands qu'ils rencontrent. Est-ce cela l'Allemagne ? Goethe et les nazis ? Et aimer l'Allemagne signifie-t-il connaître et aimer Goethe ? Je ne crois pas.
L'Allemagne et sa culture ne se résument pas à un livre de Goethe, pas plus qu'à un single de Tokio Hotel. Il y a mille et une façons d'aimer l'Allemagne : nourrir un amour pour sa langue, se nouer d'amitié avec des Allemands, communier avec la ligne politique d'Angela Merkel et de sa Grande Coalition, tomber amoureux de la ville de Cologne, d'Hambourg ou de Berlin, se passionner pour son histoire tourmentée et sa reconstruction, aimer Goethe ou Tokio Hotel. Car finalement, aime-t-on moins l'Allemagne si l'on ne connaît pas Goethe, ou si l'on ne connaît pas Tokio Hotel ?
L'Allemagne et les Allemands d'aujourd'hui sont le fruit d'une somme d'influences culturelles. Je trouve déplorable qu'on s'attaque à des personnes qui revendiquent leur amour pour l'Allemagne sous prétexte qu'elles ne parlent pas de Goethe. L'effervescence de leur blog représente à mon sens bien plus le bouillonnement culturel que connaît l'Allemagne d'aujourd'hui, et en particulier sa capitale, qu'un classique de la littérature. Pour cela, pour leur passion communicative, je leur dis "bravo".

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26 novembre 2007

Corsé ou velouté

Que je le veuille ou non, j'ai un petit faible qui me rapproche de tous les Français. J'ai découvert ça en arrivant à Berlin. Comme les Allemands se jettent sur les crèmes glacées ou les sorbets au premier rayon de soleil, nous Français ne manquons pas une occasion de savourer un bon café. Si possible dans un lieu agréable, car il s'agit presque d'un rituel.
Comme tout bon Français, donc, j'accorde beaucoup d'importance au choix de ma machine à café. Celle qui prépare le précieux breuvage, à domicile, lorsque je n'ai pas le loisir de le déguster à l'extérieur. J'ai opté pour une célèbre marque d'expresso à capsules (dont je ne citerai pas le nom, parce que -même sur internet- je n'aime pas faire de la publicité). Mais contrairement à toutes les grandes villes du monde, la marque en question n'avait jusqu'ici pas de boutique à Berlin. En Allemagne, le privilège de s'approvisionner en café directement à la source était réservé aux habitants de Munich, Cologne, Francfort et Düsseldorf. Là où se trouve l'argent. A Berlin, la capitale "pauvre mais sexy", je devais jusqu'ici commander mes capsules sur internet et les recevoir par coursier.
Eh bien, signe du changement, la marque aux capsules a finalement ouvert sa boutique berlinoise, aujourd'hui. Les Berlinois pourront donc enfin toucher du doigt ce privilège réservé aux "nantis". La marque a-t-elle flairé l'afflux de nouvelles richesses dans la capitale allemande ? Quel a été l'élément déclencheur de sa décision de s'y installer ? La boutique ne se situe en tout cas pas n'importe où. Elle ouvre dans un lieu très symbolique : le KaDeWe ("grand magasin de l'Ouest"), emblème capitaliste de Berlin-Ouest qui fête cette année son 100e anniversaire.

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09 novembre 2007

Le Mur banalisé ?

Le 9 novembre. La date résonne toujours, comme s'il s'agissait d'un jour suspendu dans le temps. Mais dix-huit ans après, que reste-t-il du Mur, de son souvenir ? Le gouvernement allemand vient d'annoncer qu'un monument "pour la Liberté" sera symboliquement érigé dans deux ans, pour les vingt ans de sa chute, à Berlin et Leipzig. Et après ? A l'heure où l'Allemagne démonte un à un les derniers symboles du communisme —le Palais de la République, le dernier pan de Mur à la East Side Gallery—, le Mur est-il encore autre chose qu'une attraction touristique ?
Pour beaucoup d'habitants de mon quartier, à l'Est de Berlin, son souvenir est le dernier lien avec leur passé, que d'aucuns tentent à tout prix d'effacer. Une enfance ou une adolescence passée à haïr ce qu'on leur demande aujourd'hui d'adorer : le capitalisme, et le culte de la consommation qui l'accompagne. Le Mur, c'est un petit rappel qu'il existait quelque chose avant. Quelque chose de différent.
Comble du malheur, pour les Ostalgiques purs et durs, l'ouverture du centre commercial Alexa en septembre, sur la mythique Alexanderplatz, s'est accompagnée d'une campagne de promotion au slogan très osé : "La plus grande ouverture depuis la chute du Mur". Les publicitaires ont appris qu'on ne badine pas avec ce genre de souvenirs à Berlin. La foule compacte de plusieurs milliers de visiteurs, venus pour profiter des promotions dès minuit le jour dit, a détruit des escalators et des vitrines. Plusieurs milliers d'euros de réparation dès le premier jour d'ouverture. C'est le prix à payer lorsqu'on se moque du passé. Toujours bien vivant.

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01 octobre 2007

Herbstmärchen

La victoire de la France face à la Géorgie est passée quasi-inaperçue. Dans les rues de Berlin, quelques cris de joie et des klaxons ont tout de même retenti hier soir. Pour le football, pas pour le rugby. Mais rien à voir avec les clameurs provoquées par chacun des buts de la Mannschaft à l'été 2006. Qu'à cela ne tienne ! L'Allemagne est bel et bien championne du monde. Oui, championne au féminin. L'équipe de football a remporté la finale de la Coupe du monde féminine, 2-0 face au Brésil.
Une victoire qui, malheureusement, ne fait pas autant de bruit que celle des homologues masculins. Mais ce matin, dans la S-Bahn (on dira "le métro" pour les lecteurs d'outre-Rhin), il flottait comme un petit air d'euphorie. Et les hommes s'arrachaient le cahier sportif du journal pour y voir des femmes. Déjà une petite révolution.

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12 septembre 2007

Elle lui tape sur les nerfs


Il souffle un petit vent "frech" entre Paris et Berlin. Merkel "tape sur les nerfs" de Sarkozy, aurait confié un proche du président français au journal Rheinische Post. Et réciproquement. Le ton du nouveau locataire de l'Elysée agaçe la chancelière. Leur rencontre bilatérale qui vient d'avoir lieu à Meseberg, dans le Brandebourg, a sans doute pris la forme —en coulisses— d'une mise au point entre la chancelière et le président. En public, ils parviennent de plus en plus difficilement à cacher leurs désaccords.

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08 septembre 2007

Munich pour exemple ?

"Cela place les villes sous pression", explique le directeur de l'organisation INSM (qui signifie "Initiative Nouvelle économie sociale de marché"). Selon lui, les moins bien placées doivent s'inspirer des premières, dans le classement des villes selon leur "puissance économique" que vient de publier l'INSM. Parmi les 50 plus grandes villes allemandes, examinées à la loupe selon plus d'une centaine de critères et d'indicateurs, Berlin arrive en dernière position. Et Munich en première.
La capitale est notamment plombée par son PIB par habitant —qui a à peine augmenté depuis 2001, alors qu'il a grimpé de 5,4% en moyenne dans les autres villes allemandes pour la même période— et par son marché du travail limité.
Berlin doit-elle pour autant s'inspirer des recettes munichoises pour remonter à tout prix dans le classement ? A ce jeu, elle risquerait de perdre son étiquette "pauvre mais sexy", selon l'expression du maire Klaus Wowereit. Ce côté atypique dans le paysage allemand, qu'elle cultive aujourd'hui, lui garantit une attractivité non négligeable à long terme. Sa véritable richesse, en somme.

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05 septembre 2007

C'est pas nous, c'est l'Europe

La hausse générale des prix, la disparition des petits producteurs, la perte des valeurs, les OGM même ! Combien de fois l'a-t-on entendu ? C'est la faute à l'Europe. Elle a bon dos, l'Europe.
Imaginez, en France, quelqu'un qui s'élèverait pour dire : "Voyez ceci. C'est bien. Et c'est grâce à l'Europe". En dehors de la campagne pour le "oui" au référendum sur la Constitution : tout bonnement impensable.
Imaginez encore ma surprise, hier, lorsque j'ai découvert une publicité allemande qui soulignait le mérite de l'Union européenne : "Nous baissons nos tarifs, mais c'est pas nous, c'est grâce à l'Union européenne", disait-elle en substance.
Un petit SMS de mon opérateur de téléphonie mobile m'a en effet averti que les tarifs à l'intérieur de l'Union baissaient. "L'Union européenne le rend possible", soulignait-il. L'effet Merkel (présidente de l'UE au premier semestre 2007) a sans doute agi sur l'europtimisme des Allemands. Tant mieux !

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