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21 mars 2008

Ils savent aussi dire "non"


Non. Jusqu'à l'adoption du mini-traité —pardon, du "traité simplifié"—, c'était certainement le mot français le plus répété au monde. Trois lettres universelles qui symbolisent l'aptitude d'un peuple à se faire entendre face à l'élite de ses dirigeants. C'était particulièrement le cas au moment des débats sur le traité instituant une Constitution pour l'Europe. C'était aussi vrai lors des manifestations contre le Contrat Première Embauche (CPE). Ou plus récemment, le week-end dernier, lorsque les municipales ont souligné le refus des Français d'une présidence "bling bling". Un point de vue qui, au passage, est partagé par la plupart des Allemands que je rencontre à Berlin, et qui apprécient bien mieux la sobriété de leur chancelière.
Dans chacun de ces cas, les Français ont dit "non".
En Allemagne, et particulièrement à Berlin, j'ai le sentiment que tous les ingrédients sont désormais réunis pour que le peuple prenne la parole avec la même force : l'économie va bien, mais les Allemands ont le sentiment de ne pas en profiter (pire, d'en pâtir), et ils ont parfois l'impression que les décisions politiques leur sont imposées, qu'ils n'ont jamais leur mot à dire.
Pour le projet de grand aéroport Berlin-Brandebourg, alias BBI, qui doit prendre le pas sur les trois aéroports berlinois, c'est l'un des grands chantiers du maire Klaus Wowereit, avec lesquels il a été réélu l'an dernier. Mais les habitants s'étaient opposés à la fermeture du "city-airport" de Tempelhof, celui qui avait permis le fameux pont aérien, avec le soutien du parti concurrent, la CDU. Maintenant, c'est le parti social-démocrate de Wowereit qui contre-attaque à nouveau, avec d'autres associations et partis politiques, pour demander la fermeture de Tempelhof (photo) avec des arguments plus ou moins convaincants. Comme j'habite juste à côté de l'aéroport du centre-ville, je suis aux premières loges de la campagne. Chacun y va de son "non".
Mais la plupart du temps, les Allemands n'ont pas l'occasion de donner leur avis. Sur la Constitution européenne (désormais traité de Lisbonne), ils n'ont jamais eu leur mot à dire. Contrairement à la France, il n'y a eu aucun référendum. Le tract que j'ai reçu il y a quelques jours à ce sujet, d'un mouvement de jeunes citoyens nommé "Solidarität" (!), entendait tirer la sonnette d'alarme à ce sujet. Après avoir vu l'ampleur de la dernière grève des services publics, j'ai le sentiment que les Allemands, et en tout cas les Berlinois, pourraient bientôt exprimer massivement leur ras-le-bol.

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17 mars 2008

L'usure usée

Ce n'est pas tout à fait l'arroseur arrosé. Mais presque.
Douze jours de grève. Et puis, d'un coup, plus rien. Les métros, les bus, les tramways circulent à nouveau depuis ce matin, même si les négociations entre syndicats et employeurs n'ont abouti à rien du tout. Aucun accord en matière d'augmentation des salaires. Mais les grévistes veulent montrer qu'ils "comprennent" les Berlinois. Alors ils font une pause dans leur grève d'usure, au risque finalement de perdre toute crédibilité et tout moyen de pression.
La grève "à la française", c'est tout un métier!

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07 mars 2008

La grève avec le sourire

Une grève aussi suivie et aussi déterminée que celle qui a commencé en Allemagne mercredi (des centaines de vols annulés, les métros et les tramways à l'arrêt, pas d'autre solution que d'emprunter le vélo...), ça rappelle la France. Le pays de la Révolution et des révoltes. Les étudiants et les travailleurs parlent d'ailleurs de "comportement français" à chaque fois qu'ils entreprennent une manifestation ou une opération coup de poing dans un conflit social. Pourtant, cette fois-ci, c'est en Allemagne que ça se passe.
Pas de métro, dans la capitale allemande, c'est très embêtant pour se déplacer et aller au travail. Mais comme ça n'arrive pas tous les jours, chacun s'en accommode pour l'instant. Il n'y a que dans la gare de Friedrichstrasse, le "hub" des trains rapides au centre de la ville, que c'est un peu la panique. Les policiers y sont postés pour réguler le flux de passagers qui "bouchonnent" dans les couloirs (300.000 de plus par jour!). Mais sinon, les Berlinois gardent le sourire.
Les rues sont plus animées, puisque tout le monde est obligé de marcher... Et j'ai même vu ce matin, dans les rues de Prenzlauer Berg, une femme enceinte qui se baladait à l'arrière d'une sorte de "pousse-pousse". Un homme, sans doute le sien, pédalait à l'avant. Elle avait le sourire. C'est drôle combien la grève peut paraître sympathique quand on décide de la prendre avec le sourire.
Ça n'a pas empêché le maire, Klaus Wowereit, de lancer un appel aux agents de la société de transports. Il leur demande de reprendre le travail et de "revenir à la raison". Il faut dire que le mouvement doit se durcir à partir de lundi, dans toute l'Allemagne. Et là, on risque de moins rire.

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